Un petit mot pour toi, qui crois qu'un jour tu pourras t'échapper. Toi qui crois que tu pourras fuir cette société, fuir ces gens, fuir cette vie, fuir toutes ces choses qui te tuent, fuir sans jamais être rattrapé, fuir ce qui te détruit et garder ce qui te tient en vie. Je pourrais dire que tu rêve, que tout est faux, que tu perdras tout en espérant pour rien, ou encore que où que tu ailles cela reviendra au même de toute manière. Je pourrais ajouter que fuir est vain et que ce à quoi tu veux échapper ne se laissera jamais distancer. Mais je pourrais dire qu'après tout espérer est ta seule chance, peut être le seul moyen pour toi de garder le sourire sans te laisser déborder par tes pensées. Oui peut être que tu ne te débarrassera jamais de ces pensées, mais tu pourras leur opposer l'espoir du renouveau, le bonheur et la paix. Tu trouveras probablement des gens pour t'aider dans ta tâche qui sera alors d'apprécier la vie, et ces gens autour de toi te guideront. Sauf que ces gens ne seront pas toujours là pour toi, et qu'ils ne t'aideront pas plus à avancer, qu'ils ne sauront pas plus que toi pourquoi tout est déjà réglé, ni pourquoi tu ne peux rien y changer. Alors tu chercheras la voie pour t'en sortir, tu chercheras d'autres gens, d'autres choses à faire, mais le changement ne t'apportera rien de plus que de nouvelles questions. Toi qui refuse de te laisser emprisonner tu te rendras compte que tu ne peux pas faire autrement. Les choix seront difficiles, compliqués, et personne ne te laissera le temps de les analyser. Car ta vie ne restera pas en suspens, non, malgré toutes ces questions, malgré tout ce qui paralyse tes pensées tu devras continuer, continuer, continuer encore à travailler, réfléchir, avancer... réussir?
Et au moindre échec te laisser aller, couler doucement, avancer sans réfléchir puisque finalement penser ne t'as rien amené de plus. Sauf que le temps lui aussi coule et avance doucement, sans s'arreter, contrairement à toi il n'a pas le choix. Et lorsque tu regarde en arrière, sans vraiment vouloir te lancer dans les souvenirs, tu te rends compte que tu n'as pas fait ce qu'il fallait, que tu a perdu l'essentiel, ou même que ta vie se borne à faire et refaire en boucle les mêmes erreurs, les mêmes choix, les mêmes choses qui constituent ta misérable existence. Et pourtant putain on vit bien, on a de quoi être heureux, de quoi vivre, mais l'aveuglement qui nous rabat sur nous même nous empêche de voir ça. Car au fond on ne veut pas voir qu'au dehors, tout autour de nous c'est beau et paisible. On ne veut pas voir ça, car cela nous oblige à voir le reste. Et le reste c'est nous qui l'avons engendré, et ce reste c'est la destruction, le béton et la peur. Le reste c'est la mort et la haine, la pauvreté et la guerre. Et toi tu es là, assis au bord de ta fenêtre, tu regarde gentiment les étoiles en te posant des questions que tu juge existentielles. Et peut être qu'elles le sont, d'abord puisque tu les juge ainsi, mais surtout parce que tes pensées et tes sentiments constituent le peu de ce qu'il te reste d'humain. Mais ne cherche pas la liberté, elle n'existe plus, le monde qu'on a créé s'évertue à la faire disparaître, et punit ceux qui croient pouvoir encore en jouir. Ne cherche pas à t'évader, car tu te perdras toi même. Trouve seulement la force de continuer, mais continuer sur le chemin que tu auras toi même choisi, et dans la direction qui te semble la plus heureuse.